Il y a des prisons sans portes, des prisons virtuelles qui nous enferment un peu plus tous les jours.
Il y a des prisons où les geôliers n' ont pas besoin de clés, seule leurs présences suffisent.
Il y a des prisons qui ouvrent grandes leurs fenêtres mais qui sont inaccessibles, même en rêve.
Mais les prisonniers le savent, ils seront à jamais privés de liberté, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, quoi qu'ils pensent.
Ma prison est ma vie, mon geôlier c'est mon fils ...
Pourtant, moi qui viens de la Planète Bleue et qui m' étais jurée de ne jamais dépendre de qui que ce soit, je suis malheureusement esclave de la vie de mon fils. C'est drôle, être si assoiffée de liberté, refusant d' être entravée par le pouvoir de l'autre et être si dépendante de l'autre par amour ... par devoir. Qui d'ailleurs est le plus dépendant de nous deux, Yoann qui demande une attention particulière ou moi qui lui donne cette attention à chaque instant !
J' étouffe bien des fois, je refuse parfois violemment de vivre cet emprisonnement psychologique.
Mais à quoi bon hurler, revendiquer, parler ou écrire, cette prison, je la porte en moi jusqu'à la fin de mon existence, parce que je ne peux m' en échapper. Jamais.
Et si mes rêves ne m' envolent pas par delà les fenêtres, c'est parce que le lien qui nous unit, volontaire ou contraint, ne peut être rompu.
J'ai tant essayé de trouver les clés, j'ai tant essayé d' ouvrir les portes que je suis fatiguée. Fatiguée de chercher un autre ailleurs.
Faudrait-il t' effacer de mon esprit pour enfin vivre sereinement, pleinement cette vie unique qui est la mienne ? Mais comment ? Comment avoir le courage de prendre un autre chemin que le tien, comment avoir le courage d' oser revendiquer ma liberté, moi qui t' ai privé involontairement de la tienne ?
J'ai si soif, Yoann, si soif de vivre, sans contrainte, sans devoir, sans douleur ni souffrance.
Aurais-je simplement envie de vivre sans toi ?
Désir inconscient qui apparaît ce soir comme une réalité inévitable pour ma propre survie, dure réalité...
Et pourtant, cette souffrance qui est en moi n'est-elle pas justement le fruit d'un combat entre l'envie de t' accepter et l'envie de te rejeter ?
Pourquoi ton absence est insupportable mais que ta présence me semble si difficile à gérer?
Moi qui rêvais de liberté et d' indépendance ... Je suis bien loin de mes rêves
Égoïste, mère indigne, sans courage et sans morale, oui je suis aussi cette femme ...